Collaborer s'apprend. Mais l'enseigne-t-on ?

Nous demandons régulièrement à nos élèves de travailler ensemble, le plus souvent en petits groupes. Nous attribuons à chacun un rôle spécifique et nous intervenons lorsque nous l'estimons nécessaire. La collaboration classe entière paraît difficilement envisageable, ce serait risquer une cohue générale et la perte du contrôle de la classe par l'enseignant. Pourtant les élèves y auraient beaucoup à y apprendre.

Et si nous tentions de laisser les élèves apprendre à collaborer par eux-même, sans intervention enseignante, à l'échelle de la classe ? 

Pour réussir cela, le cadre doit être bien défini. Le jeu, en particulier les jeux de plateaux, font usage de nombreuses astuces dont on pourrait s'inspirer :

  • les consignes sont claires
  • le but pour gagner est clairement défini 
  • tous les moyens pour réussir sont donnés
  • la difficulté est ajustée
  • les règles ne sont pas négociables et s'appliquent également à tous les joueurs
  • le défi est motivant
  • la collaboration est favorisée

L'exemple que je propose est tirée d'une séquence sur le thème d'une campagne électorale. Je voulais encourager les élèves à travailler la prononciation de l'écrit via la phonétique et découvrir un discours majeur de Barack Obama. Je voulais également en profiter pour créer une cohésion de classe et donner l'habitude aux élèves de travailler ensemble. Mais l'activité pourrait tout à fait être proposée hors séquence, telle quelle ou modifiée, dans le cadre d'un Accompagnement Personnalisé ayant pour objectif le développement de la collaboration chez les élèves.

Les cinq phrases sont disponibles ici en VO, phonétiques et VF :


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Définir avec précision les règles du jeu est essentiel

A partir de ce texte j'ai fixé un but, à savoir retrouver le texte d'origine à partir de la phonétique. 

Pour encourager la coopération la consigne est "tout le monde doit avoir le même texte sur son cahier".

Pour favoriser la collaboration, le temps fixé est l'heure de cours, l'arbitre est la sonnerie - élèment extérieur non négociable - et la difficulté de l'exercice est calibrée pour que celui-ci ne soit pas faisable par un élève seul dans le temps imparti, compte-tenu de l'état de leurs connaissances.

Pour ajuster la difficulté, j'ai opté préféré donner pour chaque phrase les mots anglais recherchés dans le désordre. 

Pour que les élèves aient les moyens de réussir, ils ont eu au préablable un cours d'introduction à la phonétique avec des activités pour apprendre à se servir du tableau fourni, des dictionnaires et de certaines applications web (dictionnaire de prononciation notamment). Et toutes ces ressources sont disponibles le jour J.

La feuille telle qu'elle est donnée aux élèves : 


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L'enseignant doit rester hors du jeu

Pour que les élèves prennent conscience des rouages d'une collaboration effective, il est important qu'ils les découvrent par eux-mêmes. Si l'enseignant intervient pour coordonner les rôles, il dépossède les élèves de leur pouvoir de décision et empêche toute collaboration réelle. 

Ce n'est pas simple pour l'enseignant, mais il est essentiel qu'il n'intervienne pas dans le déroulé de l'activité. Et si les règles ont été bien pensées, il n'en aura pas besoin. Il risque pourtant d'être tenté d'intervenir. Moins la classe a l'habitude de collaborer, plus l'intervention d'un adulte va sembler nécessaire alors même que cette intervention serait dommageable à l'apprentissage de la collaboration. 

Cette activité, à l'heure de la rédaction de cette note de blog, a été réalisée avec 12 classes de 3èmes en collèges REP et collèges en zone très favorisées. Toutes les classes ont joué le jeu, et toutes ont atteint l'objectif. Par contre, les démarrages n'ont pas toujours été simples. Le plus souvent, les classes mettent du temps à comprendre que l'activité n'est pas réalisable en entier par la même personne ou le même petit groupe dans l'heure. Il faut encore un peu de temps après cette prise de consience pour que les élèves acceptent de s'organiser et, autre difficulté, trouvent une manière de coordonner leurs efforts. Une classe, avec des tensions internes connues, s'est même fortement chamaillée pendant de longues minutes. Mais devant l'impassibilité de l'enseignant (même intérieurement stressé) et la contrainte temporelle, les élèves ont toujours fini par se mettre d'accord.

C'est cette étape là qui est le cœur de l'activité. Les élèves ont besoin de temps pour se tromper avant de réussir par eux-mêmes à trouver le chemin de la collaboration. Il n'en sera que plus simple à trouver la fois suivante.

Une fois que les élèves auront mené une activité comme celle-ci à son terme, il sera envisageable de proposer des activités avec des paramètres différents, en particulier avec des temps plus longs pouvant dépasser le cadre d'une heure de cours. Avec ce genres de compétences, les élèves seront mieux armés pour mener à leurs termes des projets complexes à plusieurs sur des temps longs tels que l'on pourrait leur demander en EPI ou dans certaines disciplines.